Courageux, ces « rebelles » du Président !

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Voici donc venu le temps des lièvres, au sens de ces coureurs cyclistes ou de demi-fond qui se placent en tête à un train d’enfer pour tirer le peloton et permettre aux autres concurrents de faire un bon, voire excellent temps. Ici, au Sénégal, on ne sait trop pourquoi, ces  lièvres sont qualifiés de « rebelles ». S’ils ne se présentent pas ainsi eux-mêmes ! Recalés des investitures de Benno Bokk Yaakar (BBY) par le patron de cette coalition, le président Macky Sall, ces responsables de la majorité présidentielle disent être entrés « en rébellion ». Et le manifestent en mettant en place partout des listes parallèles à celles ayant reçu le blanc-seing présidentiel, histoire de montrer qu’ils sont plus représentatifs que ceux qui ont reçu la confiance du Chef. Seulement voilà, plutôt que de rejoindre l’opposition pour manifester leur courroux, ces « révoltés », courageux mais pas téméraires et n’osant surtout pas défier celui qui les a faits par la magie de ses décrets de nominations ou de ses listes d’investitures à des scrutins passés, créent donc pour les besoins de la cause des coalitions « Canada dry » c’est-à-dire ayant toutes les saveurs — et les couleurs ! — de Benno sans être vraiment Benno. En fait, des ersatz de listes Benno destinées à tromper la vigilance des électeurs qui seraient tentés de sanctionner les équipes municipales sortantes — voire la majorité présidentielle — pour cause de bilan négatif. Et c’est là que s’exprime tout le « génie politique » (du moins, tel que le lui prêtent ses affidés) du président Macky Sall qui propose à tous ces frustrés et mécontents de constituer des listes qui seraient le réceptacle des  mécontents… Ce tout en continuant de se réclamer de lui ! C’est ce que nous appelions en 2014, lors des élections locales de cette année-là, les listes « Fily-Dabo-Cissokho » ! A ce qu’on dit, durant la colonisation, l’Administration n’avait pas son pareil pour organiser des élections au cours desquelles plusieurs listes « concurrentes » s’affrontaient sans pitié alors qu’en réalité elles étaient toutes parrainées par elle ! Par exemple, les scrutins pouvaient opposer les listes « Dabo », « Cissokho » et Fily dont les partisans s’entretuaient et se mobilisaient en masse pour donner le maximum de voix à leurs candidats. Puis, le soir, le gouverneur disait que le vainqueur c’était…la liste Fily Dabo Cissokho ! Qui était une seule et même, en réalité…

Dans le maquis pour mieux servir…Macky !

C’est exactement ce à quoi on est en train d’assister ces jours-ci et qui va connaître un dénouement sous la forme d’électeurs cocus ou dindons de la farce au soir du 23 janvier prochain ! Dans les différentes localités de notre pays, des responsables du camp présidentiel se disant déçus des arbitrages du Chef promettent donc d’infliger une défaite cinglante à ses listes, histoire de montrer qu’il a fait les mauvais choix et que c’est plutôt eux qui méritaient les faveurs du Maître. Un peu à la manière de ci-épouses qui rivalisent pour mériter les faveurs du mari et gagner le statut de favorites ! Pour en revenir aux prochaines élections locales, le « Maître du jeu » a d’ailleurs tracé une liste rouge à ne pas franchir sous peine de recevoir son sabre aiguisé sur la tête : d’accord pour les listes parallèles mais juste là où elles ne pourraient pas favoriser une victoire de l’opposition ! En vertu de quoi, il peut permettre, dans une ville comme Kolda où la domination de la majorité présidentielle est écrasante, à un responsable comme Mame Boye Diao de faire son cinéma en prétendant « se rebeller » et « défier » le président de la République dont il contesterait les choix ! Or, quand le directeur des Domaines, « station » stratégique par essence, se permet de défier l’homme qui l’a nommé par décret sans que celui-ci le limoge sur le champ, c’est bien parce qu’il y a anguille sous roche…pour ne pas dire qu’il a reçu le feu vert du président Macky Sall pour faire le lièvre dans la capitale du Fouladou. Le président Sall qui aurait ainsi plusieurs fers au feu partout…sauf là où l’opposition est très forte, l’exception qui confirme la règle étant Dakar. On pourrait dire la même chose à propos de presque tous les responsables du camp présidentiel qui prétendent avoir pris le maquis… en réalité pour mieux servir Macky ! Le but de toutes ces manœuvres c’est, bien sûr, de faire en sorte que les votes sanctions s’expriment à l’intérieur du camp présidentiel. Exactement comme lors des dernières législatives lorsque des députés élus sur des listes « indépendantes » — mais dont les cautions avaient été versées pour la plupart par la présidence de la République — avaient intégré sagement le groupe parlementaire de Benno Bokk Yaakar à l’Assemblée nationale au lendemain du scrutin !

Bien évidemment, la majorité présidentielle, au même titre que l’opposition d’ailleurs, a parfaitement le droit d’élaborer les stratégies qui lui paraissent le plus appropriées pour gagner toutes les élections auxquelles elle se présente. En ce domaine comme en d’autres, la fin justifie les moyens. Cela dit, nous autres électeurs et observateurs avons nous aussi le droit de refuser d’être pris pour des cons qui ne comprendraient rien aux manœuvres politiciennes en cours. De refuser de prendre des vessies de Benno pour des lanternes oppositionnelles. De refuser aussi qu’on nous présente de faux choix comme, pour ne prendre que l’exemple de la capitale, entre Mame Mbaye Niang et Abdoulaye Diouf Sarr !

Mais heureusement d’ailleurs qu’il y a dans le camp présidentiel des responsables qui ne font pas mystère de leurs intentions : servir de réceptacles aux frustrés, voire aux brebis égarées électorales pour les ramener dans le droit chemin présidentiel. Ainsi de Sory Kaba, ex-directeur des Sénégalais de l’Extérieur limogé pour avoir évoqué l’impossibilité d’un troisième mandat présidentiel. « En rébellion » à Fatick, ville dont l’actuel président de la République a été le maire, il a annoncé son intention de constituer une liste « parallèle » qui irait à l’assaut de celle conduite par Matar Bâ, maire sortant et actuel ministre des Sports. Avec une franchise déconcertante, il a expliqué que c’est pour empêcher que Fatick ne tombe dans l’escarcelle de l’opposition qu’il constitue sa liste « parallèle ». Bien entendu, avec la bénédiction du Chef…

Autre responsable du camp présidentiel courageux, mais pas téméraire, et qui, en se « rebellant » lui aussi, veut empêcher la réalisation d’une vraie alternance locale : Mamadou Mbengue Guèye, responsable de l’APR à Mékhé et président du conseil d’administration du COSEC. « Les discussions politiques sont très avancées (Ndlr, avec d’autres ténors de la majorité présidentielle à Mékhé) et il s’agit de voir comment travailler ensemble sur une liste pour capitaliser nos efforts politiques et tout verser dans l’escarcelle du président de la République, au soir des élections locales du 2022 ». Voilà au moins qui a le mérite de la franchise ! On pourrait multiplier les exemples à l’envi, juste pour montrer que ces « rébellions » hardies de ténors de Benno Bokk Yaakar sont en réalité parfaitement téléguidées par le Maître du jeu, le président Macky Sall, et n’ont donc pour but que d’amuser la galerie et de leurrer les idiots que nous sommes aux yeux de ces messieurs et dames les « rebelles » !

« Le Témoin » quotidien

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